ATELIER DE GRAVURE

DANIEL GUILLOTIN

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Monique Bex                                               Galerie

Mars 2011
L’art doit il être beau ?
Voila le genre de questionnement qui meuble  mes insomnies ou me fait m’interroger  sur  la raison d’être dans ma cuisine à cet instant .Il me faut quelques secondes pour remettre en adéquation mes pensées (profondes, il va de soi) et les causes de mes actions routinières : ah oui, je suis dans ma cuisine pour étendre le linge!

Découle de cette interrogation première, d’autres :

Qu’est-ce que la Beauté ?

Quel avenir pour la Beauté ?

Etre artiste : une nature ou un métier ?

Ce sujet est traité dans un dossier paru dans  la revue Artension (N°105),  qui sous- titre «  le magazine de l’art  vivant ».( Je croyais l’Art, comme ça, tout court, avec sa majuscule en majesté, hors de toute contingence et je découvre que certains le font vivant ou mort,. évoquent ce que serait son avenir !)

Et donc, des propositions de réponses sont rédigées par des personnes issues d’horizons divers : philosophe, sociologue, psychiatre, cinéaste, critique d’art, photographe, rédactrice en chef du magazine pour le chapitre d’ouverture. Les textes sont parfois un peu ardus en raison de l’utilisation du jargon de spécialiste, cependant la plupart, sur un ton plein d’humour parfois grinçant, aident à faire un état des lieux. En effet si la question est simple dans sa formulation, les réponses argumentées sont, elles, multiples, complexes.

J’éprouve un grand plaisir à retrouver ce thème étudié en hypokhâgne. La prof de philo avait décidé de traiter du Beau puis du Bon. Elle était disgracieuse et le savait. Ses cours étaient rigoureux, lumineux, il me semblait pouvoir « palper » l’intelligence en action. 

Ni de mes lectures actuelles, ni de mes cours anciens, n’émerge une définition, c'est-à-dire une énonciation des qualités propres de la beauté (*). Celles-ci sont en nombre disent les intervenants, prises en compte par chacun, ils tentent de la définir. Cependant, chaque auteur privilégie un angle d’attaque dans sa démonstration : pour l’un la beauté est résistance, pour l’autre elle est éminemment relative, le troisième énonce « que c’est un pichet de vin rouge dans lequel, toute nue, nage une naïade jaune et bleue » néanmoins sa conclusion est bien plate : »Laissons la beauté passer . Elle est partout » (Ne le savions nous pas déjà ?), quant aux autres propositions, à votre tour de les déchiffrer ! Ainsi pas de consensus et  la bataille fait rage (Ex : les expos  d’art contemporain à Versailles, les colonnes de Buren…).


Je tente de réfléchir à ce que la beauté me semble n’être pas :

. aimable : la joliesse n’est pas la beauté,

. molle : elle est énergie. En demande à celui qui parvient à l’obtenir, elle en procure à celui qui la voit, l’écoute, la touche…,

. complaisante, que de batailles, de manifestes…..

. inintelligible : elle est sens,

. temporelle : elle est, 

. réductible : rétive à toute standardisation, multiple,

.autonome : sans l’Autre existerait-elle ?

……… la liste est longue.

Ce qu’elle est ? Je le sais maintenant. Jetée à la toute fin de l’un des articles, comme un renoncement à expliquer ou une pirouette, une citation : « « Un peu d’infini dans un contour » répondait V.Hugo à cette question . Les poètes n’ont-ils pas toujours raison ?


Mais qu’est-ce qui bip comme ça depuis un moment ? Mon four : ça brûle !


(*)Dictionnaire : Beauté = caractère de ce qui est beau. Nous voilà bien avancés.

Beau , adj. = qui éveille un sentiment d’admiration, de grandeur, de noblesse, de plaisir , de perfection. Ah ?


Octobre 2010
L'atelier a changé de lieu
La partie peinture et la partie gravure sont au même niveau désormais, entre des murs tout blancs. Un petit côté "factory".
Depuis trois semaines, les séances ont repris, réunissant dans une chaleureuse activité les habitués des années précédentes et une "nouvelle" au joli sourire. La bouilloire ronronne comme auparavant vers vingt deux heures afin de préparer les tisanes et de se donner l'occasion de grignoter les friandises apportées par les uns et les autres. Les travaux antérieurs se chevauchent le long des murs. Alors nous avons posé sur eux un regard neuf et trouvé que ce n'était pas mal du tout. Et même très bien. Et ça travaille, avec sérieux, sur le sujet commun proposé par Daniel, tout en écoutant de la musique.
Côté gravure, j'étais désorientée. J'avais l'impression de ne plus rien savoir faire dans cet espace nouveau. Certes, il faut retrouver ses marques techniques, cela prend un peu de temps. Le problème n'était pas là : je n'avais plus d'images mentales de ce que je pourrais produire. Aucune idée. Il n'y avait plus d'excuse, la semaine dernière, pour ne pas m'y mettre, même si je prétextais la nécessité d'un nettoyage du cylindre de la presse afin de repousser l'échéance. J'ai donc fait des essais de couleur. Refaire les choses les plus simples comme si c'était la première fois. "Où est passé le dissolvant? Les maniques?..." Crainte de salir le lange, la pression est-elle juste... Les gestes, redevenants familiers, étaient apaisants. L'essai de couleur m'offrit une harmonie qui me plaisait. Mes méninges se sont remises à l'endroit, des projets de maquette se sont élaborés peu à peu les jours suivants. Ces moments, de quoi au juste, je ne sais le dire, de marasme? furent perturbant. Ainsi le désir de créer pourrait s'assécher?
J'ai retrouvé mon île intérieure et je vais apprivoiser ce nouveau lieu.
Ou l'inverse!!! Peu importe.


Décembre 2009
Portes Ouvertes des ateliers d’artistes d’Ivry
Tout est prêt.
L’accrochage s’est poursuivi jusque tard -deux heures du mat’- mais le résultat est à la hauteur de notre volonté de faire bien. (Merci à Cyrille et Seb).
Tout est prêt, il est dix heures ce 19 septembre 2009, journées Portes Ouvertes des ateliers d’artistes d’Ivry. La mairie a assuré un repérage efficace des 10 lieux à visiter. Ivry, depuis quelques années, réhabilite ses friches industrielles, ses anciens entrepôts en lofts, ateliers d’artistes, ensembles immobiliers originaux. Les potagers ouvriers voisinent toujours avec les ilots nouvellement habités.

Tout est prêt donc, même le bar improvisé avec café chaud et petits gâteaux, la porte donnant sur le palier est grand-ouverte sur les visiteurs à venir (si !). La lumière moelleuse et dorée de septembre a envahi tout l’espace. Nous sommes trois a montré notre travail: Kim ses robes, Valérie ses tableaux et moi mes gravures.
Première expérience en ce qui me concerne, eux sont aguerris.
Dimanche 20 septembre, 20h, la porte est refermée sur les trois derniers visiteurs, affables, intéressés dont un expose ses photos de l’autre côté de la passerelle qui enjambe la gare de triage.
Soudain c’est le silence. Trois cents personnes sont entrées, ont regardé rapidement ou bien se sont attardées, en fait, des habitués de ce genre de manifestation car de semblables se déroulent dans Paris, curieux.
Fatigués, tous trois nous sommes sur le balcon à regarder le soleil se cacher derrière le Sacré Coeur. Chacun fait intérieurement un bilan.
Ma petite stratégie pour ne pas fuir les visiteurs, a fonctionné. J’avais disposé sur tréteaux les gravures en vrac. De loin je voyais si les gens s’arrêtaient, les regardaient, les faisaient défiler. Si oui, je m’approchais et demandais «  ça vous intéresse de savoir comment c’est fait ?» En expliquant le processus, j’oubliais mon désir de repli, de fuite. Puis je les quittais en leur disant « je vous laisse poursuivre la visite maintenant» Et bien, souvent ils ne me quittaient pas ! Et, leurs regards souriaient, ils exprimaient ce qu’ils ressentaient, ce qu’ils « voyaient » eux. Il me semble que l’abstraction permet à l’autre de s’approprier nos propositions: les accepte-t-il ? Il devient alors celui qui donne du sens, le sien. Il est en quelque sorte co-auteur.

« Il suffit d’une personne qui soit concernée par ce que tu fais pour que cela vaille la peine de se montrer» me disait Daniel. Avec justesse. Je l’ai vérifié ! Mais son autre avis, je ne l’ai pas encore expérimenté !. Alors qu’il devait se rendre dans une galerie à Paris pour présenter ses gravures, je lui demandai « Pas trop peur ? » « Non, tu sais, il ne s’agit que de quelques feuilles dans un carton à dessin ». Evident mon cher Watson ? Non, mais l’expression d’un recul et d’une élégance certains.

….J’ai gardé en mémoire visages croisés et dialogues menés durant ce week-end. Et, me reviens la pensée de Melville dans Moby Dick lorsque le vieil Achab est tout proche de sa fin « Ah ! Combien tous les matériaux sont chose immatérielle !Qu’y a-t-il de réel, autre que les pensées qui sont sans épaisseur et sans poids »


Décembre 2009
Voyage de fin d’année
des artistes en herbe de l’Atelier du haut de la rue, sous la férule de Daniel ! Destination Beaubourg, rétrospective consacrée à Soulages. Dès l’ouverture et bien que ce soit un dimanche (22 novembre) il y avait beaucoup de visiteurs. Les trois périodes de la production de Soulages étaient représentées : les œuvres du début au brou de noix ou au goudron, les grands formats des fonds desquels sort et sourd la lumière, enfin les immenses « outre noir ».
Les reproductions, si bonnes techniquement, soient elles, ne rendent pas la richesse d’une œuvre, heureusement !. Ainsi, je n’avais pas pris conscience de l’importance du traitement des fonds et de leur richesse : blancs cassés, blancs « salis », ivoires, et souvent en toute petite surface des blancs purs . Chacun à notre rythme, nous avons déambulé. Captivée , je n’ai pas vu le temps passer. Les immenses toiles et triptyques tout de noir revêtus s’imposaient aux visiteurs fortement. Trop peut-être du fait de leur nombre ? Comme j’aurais aimé être en contemplation devant l’un de mon choix dans un lieu familier et être tout à lui : que se passerait-il ? Soulages évoque l’expérience de l’intériorité. Difficile pour moi dans un musée. Au bout d’un moment, je suis saturée, les œuvres semblent lutter les unes avec les autres, elles ne se livrent plus, je ne parviens plus à être « avec ». Je suis face à un catalogue et non dans un tête à tête. Sans doute irai-je une autre fois ne retrouver que les trois que je préfère. Comme je l’avais fait pour N. de Staël.
Et, il y a les commentaires que l’on chipe au passage . Un père à sa gamine (environ 10 ans) « Tu vois , ça ce sont les traces des pieds d’un cochon dans la boue » à propos d’un triptyque portant des traces guillochées « et là se sont celles de la mer lorsqu’elle se retire sur la plage » 
Il m’est arrivé à deux reprises de « voir » une des partie d’un des triptyque, bleue, d’un bleu profond, et une autre d’un brun rouillé. Je me suis avancée tout près : que du noir, sur et certain ! Reculée : à nouveau ces couleurs apparaissaient. J’aurais aimé voir la lumière naturelle de tout un jour se refléter sur ces noirs, en capter les variations.

Réunis à la sortie par la nécessité de trouver des nourritures terrestres, un vent violent, chargé de pluie froide, insolent, après ces beaux jours d’automne, nous a fait fête. L ‘après midi, nous nous sommes promenés enfants, parents, ados : marché aux fleurs et aux oiseaux, Notre Dame, île Saint Louis….Puis le retour : Mahaut ,la toute petite benjamine a bien failli manquer le train, mais son super héros de papa a réussi à le stopper pour embarquer sa petite famille en dépit du contrôleur fort mécontent et peu coopératif!
Belle journée passée ensemble.


Mars 2009
En haut de la rue, l’atelier
Par ses baies éclairées l’hiver, il me fait signe d’entrer, aux beaux jours,
les parfums du jardin y pénètrent.
Au fil du temps, dessins, peintures, modelages, linogravures ont investi tous les murs, et même l’escalier. Juxtaposés ou se chevauchant, expressions d’une thématique commune ou personnelle, ils se font écho, dialoguent, plaisantent parfois. Dans le calme et la gentillesse- toujours- les heures de travail s’envolent vite, trop vite, scandées par les bavardages amicaux, les critiques ou les admirations réciproques. Daniel s’attarde auprès de chacun, aide à franchir une difficulté, démêle la fin des moyens, encourage, exprime avec spontanéité son approbation ou son enthousiasme à des personnes -nous- qui doivent apprendre à se faire confiance, à oser, à dépasser ce qui les freine, si assuré qu’il est, qu’en chacun quelque chose d’unique murmure, « qui doit sortir ». C’est un humaniste ardent. Exigeant, il enseigne, renouvelle les thèmes, les pratiques, multiplie les occasions de trouver, pour chacun, ce qui lui permettra de s’exprimer avec le plus de justesse et de plaisir. Sa maïeutique est « redoutable » mais point redoutée!
C’est ainsi que j’ai découvert l’estampe, il y à deux ans.
Depuis, mes pinceaux sont au sec et les écheveaux de fibres naturelles (raphia, lin, sisal) ont envahi mon espace personnel. Pourquoi cet intérêt
qui me mobilise, m’occupe l’esprit constamment ?
J’aime le dessin, le trait me fascine. D’un peu de poudre de carbone déposée sur le papier naissent des lignes dures ou sensuelles, entrelacs ou incisions vives. Avec ce si peu, s’élabore un tout. L’homme est un être de parole, dit-on, n’est-il pas aussi celui du trait ? Ceux cachés au fond des grottes préhistoriques, ceux que les indiens d’Amazonie tracent sur leurs corps, ceux des peuples andins sur la surface du désert x. Le trait alors est signe : le dessin est un dessein . Les lettres de nos alphabets sont constituées de traits assemblés. Le dessin le plus épuré d’un homme est un i. Non ?
J’ai remplacé le crayon par les fibres. Déposées sur la plaque encrée,
passées sous presse, elles inscrivent sur le papier des empreintes qui sont autant de traits formant un tout. Quand ça marche bien ! Car elles sont rétives, il me faut surmonter les difficultés techniques induites.
Cela aussi est pour moi un moteur : créer ses outils, bricoler, détourner
de leurs utilités premières des produits
A ces challenges techniques s’ajoute celui, intellectuel de la composition. Difficile ! Faire que des éléments composent les uns avec les autres, mutualisent leurs effets pour que l’ensemble soit harmonieux.
Il y a, là, à choisirx toute seule : « je renonce à cette forme, j’enlève,
réduis , agrandis ? ? ? ». Je ne maîtrise pas du tout, c’est la pierre angulaire
du résultat cependant.
Utiliser ces fibres végétales me permet d’échapper au figuratif, de faire place à l’autre. Ce que je propose est plus suggestif que démonstratif.
A celui qui regarde : la possibilité d’interpréter donc d’être agissant «  Je vois un chat là, on dirait des arbres ici , ça fait africainx. » . Ce qu’il voit, lui, est à égalité de droit avec ce que je vois, moi. Et puis je n’aime pas que tout soit bordé !
En dépit des ratages en nombre, le découragement n’est pas au rendez-vous, faire est un plaisir, apprendre aussi : tout est ouvert.
« Donner à voir » : c’est ce qu’exprime Soulages  quant à la finalité de sa peinture. C’est ce qu’a fait Daniel -stricto sensu- fin mai, l’an passé, avec nos travaux de l’année, en organisant une exposition à la galerie le Radar de Bayeux. Lorsqu’il a évoqué son projet, nous étions tous surpris voire réticents. La ténacité étant l’un de ses défauts, il est passé outre, convaincu que l’expérience serait enrichissante. Même l’encadrement, il l’a assumé seul! Ainsi mis en scène, j’ai éprouvé la sensation que notre travail prenait une autre dimension. Mise à distance, mise en valeur. Je suis restée à plusieurs reprises dans la salle surprise, émue. Une dame s’est approchée «  C’est vous qui faites ça ? » en désignant une des gravures, « Je l’aime beaucoup, comment faites vous ? ». J’ai répondu trop brièvement et j’ai fui.
Je n’ai pas su instaurer un dialogue. Regret

Atelier : n.m. (de l’ancien français astelle, éclat de bois, emprûnté au latin astula). Lieu où travaillent des ouvriers ou des artistes.// Beaux Arts : ensemble des élèves travaillant sous la direction d’un même maître.// Ensemble des œuvres se trouvant dans l’atelier d’un artiste.
C’est tout cela l’Atelier du Haut de la rue, nous en haut, Daniel en bas !


à suivre...

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Atelier de gravure et d’arts plastiquesatelier_de_gravure_et_darts_plastiques.html